Elles ne dirent rien à personne car elles avaient peur! Marc 16,8.

Les femmes, au matin de la résurrection dans l’évangile selon Marc, ne disent rien après avoir vu et entendu le jeune homme assis dans le tombeau. Cette fin abrupte de l’évangile a d’ailleurs poussé certains lecteurs anciens à prolonger le récit avec une finale longue ou brève pour en adoucir la brutalité (cf. Marc 16,9-20). C’est que ce silence met mal à l’aise. On s’attendrait à la joie, la reconnaissance, l’enthousiasme et c’est la peur qui s’installe, c’est la peur qui domine.

Mais la peur de quoi? Mais la peur de qui? Les trois femmes sont venues au tombeau faire ce qu’elles savaient faire, prendre soin du cadavre, embaumer le corps du maître. Ce n’est donc pas la mort qui leur faisait peur, elles savaient les gestes qui l’apprivoisent.

Ce qui leur fait peur, c’est l’inouï, l’inespéré, l’inattendu, l’impensable! Ces femmes — notons l’absence des hommes quand la victoire espérée s’est évanouie et la fidélité des femmes quand il faut accepter l’inacceptable — ces femmes sont effrayées par la Vie surgie du tombeau, une vie autre, tellement autre qu’elles n’ont pas les mots pour la dire et qu’elles ne peuvent même pas reprendre les mots du jeune homme.

Pour cette Vie-là, qui fait une irruption soudaine et une brèche au savoir des humains, il n’y a pas de catégorie humaine suffisante ou satisfaisante pour en rendre compte. Le silence est, dans un premier temps, la seule chose possible devant ce que l’intelligence ne peut saisir. Et la peur s’impose quand on perçoit que la nouveauté va bouleverser les habitudes — un moindre mal — mais surtout faire éclater les systèmes de croyance.

Car c’est cela, la résurrection, une ouverture béante sur ce qui nous échappe, et nul n’est préparé à l’affronter. Car c’est cela, la résurrection, le surgissement du non-maîtrisable pour lequel nous ne savons pas (encore) les gestes à faire, au contraire de la mort.

La résurrection provoque, pour qui s’y offre, l’effondrement des certitudes réductrices qui assignent le Vivant à ce qui est humainement acceptable. La résurrection fait effraction, brisant les clôtures de notre esprit et de notre raison, donnant à «voir» la puissance recréatrice à l’œuvre et crucifiant notre désespérance.

Tout l’Évangile est là, dans l’inconfort que provoque l’irruption d’une Vie nouvelle après la mort infâme, que personne n’avait envisagé, surplombant nos croyances et nos convictions et pour laquelle nous n’avons que des mots pauvres. C’est à elle qu’il est nécessaire de nous ouvrir, surtout quand les impossibles se multiplient, nous donnant le sentiment que sur nous s’est refermé le tombeau de nos impuissances.

Dans la crise que vit notre Église, il est temps d’espérer contre toute espérance et de placer notre confiance en Celui qui appelle à l’existence ce qui n’existe pas!

Bernard Bolay, Une de Réformés – avril 2021

 

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