… et même encore au-delà…

L’émergence de nouveaux rites funéraires rime avec l’apparition de nouveaux métiers. Le catalogue des pratiques funéraires pour répondre toujours mieux aux besoins des clients ne cesse de s’allonger. Des cérémonies laïques sur mesure, avec facture à la fin, emboîtent le pas aux cérémonies religieuses traditionnelles. Et si cette émergence répondait à un vide spirituel et à un manque de sens que les Eglises n’ont pas su combler ?

« Je n’ai pas peur de la mort, mais je n’aimerais pas être là quand ça se passe. » Cette boutade attribuée au célèbre cinéaste américain Woody Allen révèle l’attitude face à mort largement répandue. La mort et la souffrance font peur. Loin du « Memento mori » du Moyen-Âge où la conscience de mourir faisait partie de la vie, nos sociétés modernes ont tabouisé la mort. Dominées par l’idéal du jeunisme et de la performance en tout genre, la mort n’est pas « hype ». Moins on en parle, mieux on se porte.

En revanche, dans des sociétés plus traditionnelles, la mort est bien plus présente dans l’organisation sociale. Chez les Mozabites, à l’orée du désert d’Algérie, le passage sur l’esplanade du cimetière fait partie du rituel du mariage : l’évidence de devoir mourir un jour influence le rapport à la vie et aux autres. Au Mexique, lors du « Dia dos Muertos », les cimetières se transforment en lieu de fête. Les familles s’y retrouvent pour être en lien avec leurs défunts et pour se moquer joyeusement de la mort. La mort n’est pas une fin, mais le début d’un voyage. Les trois jours de fête débutent dans la nuit de la Toussaint.

A la mesure que le sujet est refoulé dans nos sociétés occidentales, des nouvelles pratiques funéraires n’ont cessé d’émerger. Depuis 2016, le Toussaint‘S-Festival décrypte ces rites autour de la mort et la quête du sens qui s’y dévoile. La société s’approprie les rites anciens et les réinvente. Le rituel individualisé est souvent réservé à un petit cercle d’élus et non pas à une large communauté qui connaissait le défunt. Force est de constater que même face à la mort, il faut se distinguer par l’originalité : un défunt musicien qui se faisait inhumé dans un cercueil en forme d’étui à guitare, un jeune homme qui sniffait les cendres de son père en même temps que sa dose quotidienne de cocaïne, les cendres dispersées au pied d’un arbre ou sur le lac – la Suisse est l’eldorado de telles pratiques avec une législation moins restrictive qu’ailleurs – sans oublier la photographie post mortem pour garder une image paisible du défunt, autant d’exemples qui donnent à penser qu’il faut rester maître de sa vie même encore au-delà de sa mort.

Toutefois, près de 35 % de la population vaudoise font encore appel aujourd’hui à un ou une ministre de l’EERV pour se faire accompagner lors d’un décès. Des cérémonies sur mesure, préparées avec empathie, professionnalisme et soin, sont célébrées et offrent un cadre rassurant par le rituel adapté à chaque situation. Il n’est pas rare que les proches se disent satisfaits d’un accompagnement complet et personnalisé, qui se déroule entre premier entretien, cérémonie à l’église, ou à un autre lieu de recueillement, et qui se prolonge parfois par un suivi dans les semaines à venir. Le tout aura permis de canaliser les émotions contrastées et tensions relationnelles qui font surface lors de la disparition d’un proche. Pourquoi les « spécialistes du deuil » et notre Eglise réformée sont si timides à faire connaître leur expertise dans le domaine des rites funéraires ? Ceci d’autant plus que pour ce « service public », l’EERV n’envoie pas de facture.

Martina Schmidt, pasteure à Montreux-Veytaux

Une de Réformés – édition novembre 2020

 

Lieu paisible en forêt – © Martina Schmidt